Créativité et intelligence : vers un Quotient de Créativité ?

par Judith Sitruk, Coach certifiée PCC ICF, Country Leader et formatrice Points of You® France, niveau Expert.

J’ai choisi de partager avec vous un article du magazine « La Recherche » du mois de mars 2019 signé par Gautier Cariou. L’article complet et surtout les recherches auxquelles il se réfère, laisse entrevoir un pan ignoré ou du moins très peu pris en compte de l’intelligence humaine qui est celui de la créativité.

Quelques mots sur le contexte de cet article : au début du XIXème siècle, les psychologues français Alfred Binet et Théodore Simon proposent une échelle de mesure de l’intelligence, évaluée par des tests. L’objectif ? Identifier les besoins spécifiques des élèves en difficulté scolaire pour leur apporter une aide adaptée. Plusieurs décennies de recherche en psychologie et en psychométrie ont permis de raffiner les modèles d’intelligence, et de créer des tests prédictifs de la réussite scolaire et professionnelle. Pour autant, les secrets de l’intelligence humaine, de sa nature, de ses spécificités, de sa diversité sont loin de tous avoir été percés.

Selon Gautier Cariou, Howard Gardner n’est pas le seul à s’être interrogé sur les limites du QI à décrire l’intelligence humaine. En 1985, le psychologue américain Robert Sternberg a ainsi présenté sa « théorie triarchique de l’intelligence » : il propose d’ajouter à l’intelligence analytique – celle mesurée par le QI – deux autres formes d’intelligences : l’intelligence créative et l’intelligence pratique. Historiquement, Alfred Binet et Théodore Simon avaient d’ailleurs intégré des items de créativité et d’imagination dans leurs tests d’intelligence, avant de se rendre compte que cela ne prédisait pas la réussite scolaire et de les supprimer.
L’article explique ensuite que cette théorie fait écho à un vaste champ de recherches sur la créativité, sa compréhension et sa mesure : « la créativité est définie comme une capacité à engendrer des idées ou des productions nouvelles, adaptées dans leur contexte, précise Todd Lubart, chercheur en psychologie au laboratoire de psychologie et d’ergonomie appliquées (LaPEA) à l’Université de Paris Descartes. Depuis 2011, le psychologue a élaboré plusieurs tests pour évaluer la créativité des enfants, des adolescents et des adultes. Il propose ainsi de la mesurer dans des domaines particuliers. En effet, la créativité n’est pas une compétence générale. Elle se manifeste par domaine : on peut être très créatif en sciences, mais pas du tout en musique.
Ainsi, depuis 2011, nous avons élaboré des tests pour les domaines artistiques, graphiques et verbaux, explique Todd Lubart. Aujourd’hui, nous mettons au point des tests similaires pour la créativité mathématique, scientifique, sociale, musicale et les mouvements corporels

Ces tests évaluent deux composantes de la créativité : la pensée divergente exploratoire (produire beaucoup d’idées différentes à la fois à partir d’un stimulus) et la pensée convergente intégrative (produire une idée originale à partir de multiples stimuli). Concrètement, dans une épreuve de créativité graphique, la pensée divergente est testée en demandant de réaliser un maximum de dessins aussi variés que possible à partir d’une seule image – par exemple une banane – tandis que la pensée convergente intégrative est mesurée en demandant à l’enfant de produire un seul dessin, le plus original possible à partir de plusieurs éléments. Dans une épreuve de créativité verbale, l’enfant doit trouver un maximum de fins possibles à une histoire originale à partir d’une galerie hétéroclite de personnages. 

Pour les adultes, d’autres tests baptisés « Creative Profiler » mesurent les ingrédients de la créativité : il s’agit de capacités cognitives, comme la flexibilité mentale ou la pensée métaphorique (créer des métaphores, trouver des correspondances) ainsi que quelques traits de la personnalité, comme la prise de risque. Puis, à partir de ces mesures, ils établissent un profil qui peut être comparé à un groupe de référence. 

A la lecture de cet article, et sans prêcher pour notre paroisse – mais un peu quand même 🙂 –  je ne peux pas m’empêcher de faire le parallèle entre ces réflexions et les outils Points of You®.

Parce que, qui dit Points of You®, dit obligatoirement créativité :

Que ce soit la créativité de l’accompagnant ou du facilitateur dans l’utilisation des outils ou bien la créativité de la personne ou des groupes concernés et qui sont sollicités.
Que ce soit la créativité contenue dans les questions, les réponses, les projections, les interactions…
Et c’est cette créativité que les outils Points of You® mobilisent à tout moment et utilisent d’une manière formidablement pertinente.

D’ailleurs, c’est bien ce qui m’a amenée à autant m’investir dans ces outils : je suis profondément convaincue de leur utilité à un niveau profond de la réflexion humaine dans toutes ses dimensions, en commençant par la créativité.

Je constate, encore et encore, et jusqu’à très récemment avec un groupe de stagiaires à Jussieu, que les personnes créatives se plongent dans les outils Points of You® de manière spontanée et intuitive, avec un sentiment de plaisir incroyable. Le rythme des exercices et leurs résultats entrent immédiatement en résonance avec ce qu’ils sont profondément.
Pour les personnes plus séquentielles, plus cartésiennes, qui, dans les exercices proposés, sont amenées à pratiquer la divergence et puis la convergence autour de leur propre objectif, c’est un peu différent. Elles se montrent plus réticentes, peu spontanées, et avancent avec précaution, désarçonnées d’avoir si peu de consignes ou d’explications. On leur montre un monde qui ne leur est pas familier et qui demande de se laisser aller à l’intuition et à la créativité.
Et pourtant, la plupart du temps, elles finissent par ouvrir leur horizon de travail, leur champ de réflexion.
Ainsi, si les premiers se trouvent dans un « flow » jubilatoire, les seconds évoluent dans une perplexité incrédule mais très souvent positive.

Ce que je comprends alors, à la lumière de ces recherches et des résultats qui commencent à en découler, c’est que de manière intuitive (encore !) Efrat et Yaron, les inventeurs de Points of You®, ont mis en oeuvre ces mécanismes de pensée divergente puis convergente au service du développement personnel, de la connaissance de soi et de la mise en action vers les propres objectifs de chacun.

Pour ceux d’entre vous qui utilisez déjà Points of You®, la progression classique de toute intervention vous est familière : La Pause, l’Expansion, le Focus, l’Action.
  • Lors de la Pause, nous laissons de côté tout ce qui ne sera pas notre objectif et notre réflexion. Nous préparons le terrain pour ce qui va venir et nous nous préparons, nous, à être totalement dans le moment présent.
  • Lors de l’Expansion, nous sommes clairement dans la pensée divergente : à partir de mots et d’images, et soutenus par un questionnement varié, nous laissons nos idées venir en nombre. Nous expliquons ce que nous voyons, ce que nous imaginons, ce que nous ressentons. Nous nous laissons aller à ce qui advient devant nos yeux à travers nos propres filtres et nous le verbalisons.
  • Lors du Focus, l’objectif reprend sa place dans le processus de réflexion créative et la pensée convergente se met en marche : il est temps de rassembler tous les éléments significatifs de notre pensée divergente pour la mettre au service de notre objectif.Et enfin, forts de tout ce qui vient de se passer, de toutes les pistes ouvertes, et puis refermées une à une, nous n’en gardons qu’une, la plus pertinente, enrichie de toutes nos pensées divergentes.
  • Il est alors temps d’envisager, toujours à travers les images, mises dans un ordre qui nous appartient, une mise en action réaliste et cohérente avec notre réalité.

Ainsi, utiliser la capacité de créativité que nous avons tous, à condition de la solliciter d’une manière ludique et progressive, ne peut que la remettre au service de nos objectifs.

La recherche sur la créativité commence à trouver sa place, et comme le QE (quotient émotionnel), j’espère que le QC va bientôt voir le jour. Et je pense qu’il rendra enfin justice à l’intelligence des personnes globales qui ne savent pas expliquer des fulgurances qui, souvent, ne sont pas prises en compte…

À creuser donc… et je continue à scruter la recherche dans ce domaine.

Parce qu’il y encore tellement de choses intéressantes à faire !

Publié dans Lectures.

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